Fantasia – ASURA (Keiichi Sato, 2012)

(Originalement publié le 3 août 2012 sur la page Facebook de kinephanos.ca)

L’œuvre de Keiichi Sato, adaptée du manga de George Yakiyama qui souleva la controverse en 1970, ébranle par son traitement unique de l’animation et par la maîtrise du drame qu’il nous raconte. L’histoire est dure, crue à glacer le sang, les scènes tragiques sont représentées par des couleurs glauques étouffantes. On reste abasourdie par la manière avec laquelle le réalisateur réussit à combiner avec fluidité les techniques d’animation 3D et celles de la 2D, tout en transposant de façon originale à l’écran l’esthétique du coup de crayon sur la feuille de papier. On sait que les Japonais sont encore très attachés aux techniques traditionnelles de l’animation, pour notre plus grand plaisir. Le petit Asura est abandonné par sa mère alors qu’il prend la tétée. Ce drame originel orientera la trame de tout le récit. En grandissant, le petit Asura survivra en devenant une machine à tuer et deviendra cannibale par nécessité, et cela, jusqu’à ce qu’il rencontre un moine bouddhiste qui l’aidera à vaincre la bête en lui. Il sera blessé lors d’un affrontement, mais la jeune et charmante Wakasa le soignera et le guidera dans l’apprivoisement de son humanité. Elle deviendra en quelque sorte la substitut d’une mère qu’il n’a jamais eue. Sa relation étroite avec elle le réconforte. Mais le drame, poignant, saisissant et déchirant, pointe à l’horizon. La finale est d’une intensité dramatique redoutable pour un film d’animation. Sato semble avoir voulu croiser la technique du « cel-shading » avec le dessin 2D. Alors que dans Karas, du même réalisateur, la 2D est superposée dans les décors 3D, comme c’est souvent le cas, dans Asura les deux techniques se fondent l’une dans l’autre. Le fan reconnaîtra également certaines similitudes entre le petit Asura, terrifiant, mais attachant, et le personnage du gentil yokaï (esprit japonais dans le folklore nippon) qui accompagne Nue. Le sérieux du traitement dramatique et la musique rappellent également Karas à certains égards. D’une violence inouïe par moment, mais abordant des sujets complexes et adultes : le pardon, la haine, le sacrifice, la souffrance et les convictions profondes qui forgent nos valeurs en tant qu’être humain, Asura est un incontournable pour le passionné de films d’animation japonaise.